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Le marcel, histoire d'une révolution vestimentaire - Marie Claire

Longtemps considéré comme un attribut populaire puis machiste, le marcel revêt désormais une image queer et féministe. Nombreuses sont les marques à en faire un étendard de la nouvelle révolution sexuelle, où les corps se révèlent, mélangeant avec fierté et audace féminin et masculin.

Rares sont les vêtements qui véhiculent autant de fantasmes. Le marcel est de ceux là. Inventé au XIXème siècle par Marcel Eisenberg, propriétaire de la bonneterie Marcel, à Roanne, ce débardeur habille d’abord les ouvriers et agriculteurs, car particulièrement adapté au travail physique. "Au départ, c’est un dessous masculin qui n’est pas fait pour être dévoilé. C’est un vêtement qui tient chaud et qui se lave facilement", rappelle Sophie Lemahieu, historienne de la mode.

"Le marcel est un basique hétérosexuel qui véhicule beaucoup de clichés." - Virgil Lamette et Arthur Ballorin

Il est d’ailleurs souvent deviné sous une chemise, caricature du Français béret vissé sur la tête. Mais le marcel va progressivement quitter cette première fonction pour s’installer durablement dans notre garde-robe.

"Dans les années 50, le marcel devient sulfureux justement car il n’était pas censé être porté en public", ajoute Sophie Lemahieu. C’est une première bascule, celle où le marcel passe du statut de dessous à celui de vêtement, au même titre qu’un t-shirt. Il devient même sexy grâce aux acteurs qui l’arborent dans de nombreux films, comme Marlon Brando dans Un tramway nommé Désir.

L’histoire du marcel ne s’arrête pas là, dans les années 80 ce vêtement devient l’attribut machiste et viril par excellence. 

"Il véhicule le cliché de la masculinité ultra forte, il est utilisé pour montrer des bras musclés. On a toutes et tous en tête l’image de Sylvester Stallone dans Rambo", poursuit Sophie Lemahieu.

Ou celle des acolytes Archie Andrews et Jughead Jones dans la série américaine Riverdale.

Le marcel, symbole d'une révolution sexuelle

Ce n’est que plus récemment que le marcel s’est infiltré dans le vestiaire féminin et LGBTQI+.

"Il y a une réapropriation du corps aujourd’hui et le marcel sert à faire passer un message. Il participe à une certaine libération sexuelle revendiquée par le milieu queer, qui reprend à son compte un attribut machiste. Il est l’un des seuls vêtements qui permet aux hommes de dévoiler autant leur corps. C’est un vêtement plutôt banal qui pourtant devient un symbole fort de contre-culture", détaille Sophie Lemahieu.

Un avis partagé par les cofondateurs du collectif engagé Ballorin. "Pour nous le vêtement doit mettre en avant le corps. On a une vraie volonté militante d’offrir aux personnes LGBTQI+ des vêtements audacieux pour exprimer leur créativité. Et le marcel c’était un peu une évidence", expliquent les cofondateurs Virgil Lamette et Arthur Ballorin.

Ils poursuivent : "le marcel est un basique hétérosexuel qui véhicule beaucoup de clichés, notamment d’hommes machistes que l’on retrouve dans la culture populaire hollywoodienne. Pour la communauté queer, il est autant intéressant que repoussant, il y a une ambivalence de ce vêtement qui nous séduit et nous complexe à la fois. Car il y a beaucoup de pression autour du corps des hommes homosexuels".

"Avec le marcel, les hommes acceptent de plus révéler leur corps, avec fierté."- Virgil Lamette et Arthur Ballorin.

Depuis quelques années, de nombreuses marques s’emparent donc de ce basique pour le transformer, le retravailler et lui donner une image beaucoup plus forte, assumée et sexuelle. Le collectif Ballorin s’est associé à la marque française Les Tricots de Marcel, véritable institution dans la fabrication de ce vêtement historique.

Si Ballorin a imaginé un logo particulier pour illustrer cette collaboration, la coupe, elle, est restée traditionnelle. "Nous souhaitions garder le marcel emblématique, et c’est une des pièces de notre collection qui a le plus fonctionné ", se réjouissent les cofondateurs. Preuve que ce vêtement est devenu un indispensable de la garde robe. "Avec le marcel, les hommes acceptent de plus révéler leur corps, avec fierté, il symbolise cette nouvelle révolution sexuelle de la communauté queer. Il permet des coupes qu’on n’aurait jamais retrouvé avant dans le vestiaire masculin. C’est une nouvelle sorte d’engagement", estiment Virgil Lamette et Arthur Ballorin.

Vêtement non genré

De son côté, Kingsley Gbadegesin, jeune designer basé à Brooklyn, redessine lui-aussi un nouvel imaginaire autour du débardeur. Il se définit comme "un créateur travaillant pour faire avancer la libération de la communauté noire, de la communauté queer et des personnes racisées".

À travers son label K.ngsley, il propose des débardeurs aux échancrures retravaillées, aux bretelles asymétriques, et aux coupes sexy.

"Je porte beaucoup de débardeurs et je les achète généralement dans la section des femmes", explique Kingsley Gbadegesin dans le Vogue US.

"Dans les années 60, le marcel est féministe. Les femmes le portent sans soutien-gorge, comme Jane Birkin." - Sophie Lemahieu

"La féminité ne connaît pas de frontières. Même si je ressemble peut-être à un homme cis noir, croyez-moi, au moment où j'ouvre la bouche, vous vous dites: "Oh, elle est l'une des nôtres", s’amuse-t-il.

De l’autre côté de l’Atlantique, la marque française Omear propose aussi un marcel non genré. "Les codes masculins et féminins n’ont plus tellement leur place aujourd’hui dans la mode. Il y a une volonté de se libérer des diktats", estime Kim Nigay, la fondatrice de la marque.

Le marcel, un vêtement féministe ?

Plébiscité par les femmes, hommes ou personnes non binaires, le marcel libère désormais les corps. Sauf peut-être pour les femmes encore trop souvent victimes de bodyshaming.

"Dans les années 60, le marcel est féministe. Les femmes le portent sans soutien-gorge, comme Jane Birkin", rappelle Sophie Lemahieu. Malheureusement, aujourd’hui, certaines subissent des insultes pour "oser" laisser deviner leurs tétons sous leur débardeur.

Léna Mahfouf en a fait les frais sur son compte Instagram. "Face à une story où elle portait un simple débardeur, sans soutien-gorge, des internautes se sont inventé le droit de lui faire des remarques déplacées, la harcelant pour de simples tétons apparents", rappelle le média Madmoizelle.

Ce à quoi la jeune femme a répondu : "je trouve ça important de rappeler aux jeunes filles et garçons qui me suivent : vous êtes libres de porter ce que bon vous semble".

Source: marieclaire.fr - Par Chloé Cohen Publié le https://www.marieclaire.fr/histoire-marcel